Indicateurs 4, 5 et 6 : analyser le besoin, fixer les objectifs, concevoir le contenu
Comment écrire des objectifs évaluables ? L’indicateur 4 Qualiopi demande d’abord d’analyser le besoin ; l’indicateur 5 exige ensuite des objectifs opérationnels et évaluables, c’est-à-dire des capacités observables à l’issue de la prestation, chacune reliée à une épreuve ; l’indicateur 6 en déduit des contenus et des modalités adaptés au public. L’auditeur remonte cette chaîne sur un dossier réel. Voici ce que chaque indicateur demande, des objectifs mal et bien formulés, les cas particuliers, les preuves attendues et une fiche à remplir.
Note de méthode : base de cet article : texte des indicateurs issu du décret n° 2026-728 du 1er août 2026 (ces trois indicateurs sont inchangés) et document de travail du guide de lecture V10 (version non finale). À confirmer à la parution du guide : nous mettrons l’article à jour. Les exemples sont fictifs.
Que demandent les indicateurs 4, 5 et 6 ?
Ces trois indicateurs ouvrent le critère 2, consacré à l’identification des objectifs et à l’adaptation des prestations aux publics. D’après le relevé indicatif de la V10, ils s’appliquent aux quatre catégories d’actions : formation, apprentissage, bilan de compétences et VAE.
| Indicateur | Ce que l’organisme fait | Faute type | Sanction |
|---|---|---|---|
| 4 | Analyse le besoin du bénéficiaire, en lien avec l’entreprise et/ou le financeur | Aucune trace de l’analyse | Majeure seulement |
| 5 | Définit des objectifs opérationnels et évaluables | Objectifs vagues ou différents d’un document à l’autre | Majeure seulement |
| 6 | Établit des contenus et modalités adaptés aux objectifs et aux publics | Programme identique pour tous | Majeure seulement |
Pour chacun, « le non-respect (même partiel) de cet indicateur entraîne une non-conformité majeure » (document de travail V10). Ces indicateurs ne figurent pas non plus parmi ceux dont l’audit est adapté pour un nouvel entrant (2, 3, 11, 13, 14, 19, 22, 24, 25, 26 et 32). Pour la vue d’ensemble, voir les critères et indicateurs Qualiopi.
Indicateur 4 Qualiopi : comment analyser le besoin ?
L’indicateur demande d’analyser le besoin du bénéficiaire « en lien avec l’entreprise et/ou le financeur concerné(s) ». L’analyse peut porter sur une personne ou un groupe. Le guide cite comme preuve tout support qui synthétise les besoins identifiés (grille d’analyse, diagnostic préalable, dossier d’admission, compte rendu d’entretien). L’auditeur cherche la trace que l’analyse a nourri la proposition ou le programme, pas un formulaire.
| Situation | Analyse attendue | Trace |
|---|---|---|
| Intra-entreprise | Entretien avec le commanditaire, questionnaire aux futurs stagiaires | Compte rendu, synthèse jointe à la proposition |
| Inter-entreprises sur catalogue | Besoin du public cible défini à la conception, puis poste, attentes et niveau recueillis à l’inscription | Fiche d’inscription, échange noté |
| Alternance ou apprentissage | Analyse en amont de la contractualisation alternant/entreprise, complétable au début du parcours, avec vérification des missions proposées au regard du diplôme visé | Fiche datée d’avant le contrat |
| Bilan de compétences ou VAE | Phase préliminaire débouchant sur un programme personnalisé coconstruit (bilan) ; contrat d’accompagnement avec méthode et échéancier (VAE) | Grille de situation, contrat |
Trois précisions du document de travail. Avec des personnes en situation de handicap, vous démontrez la prise en compte des besoins de compensation (pédagogie, matériel, moyens techniques et humains), par une analyse concertée en amont de l’entrée. Si un donneur d’ordres ou un prescripteur réalise l’analyse, vous montrez que vous en tenez compte. Enfin, ne la confondez pas avec le positionnement : l’analyse cadre la demande, le positionnement situe chaque stagiaire par rapport aux objectifs, voir les indicateurs 8, 9 et 10.
Indicateur 5 : comment écrire des objectifs opérationnels et évaluables ?
Un objectif est opérationnel quand il renvoie à une situation de travail, évaluable quand une épreuve prévue d’avance permet de constater qu’il est atteint. Trois questions, qui sont un repère de terrain de K-li-T et non une exigence du référentiel, suffisent à le tester :
- Le résultat est-il observable ou mesurable ?
- Quelle épreuve le vérifie (QCM, cas pratique, mise en situation, grille d’observation) ?
- À quel critère le déclare-t-on acquis (seuil, temps, autonomie) ?
Les verbes « connaître », « comprendre », « découvrir » ou « maîtriser » échouent presque toujours au test ; « identifier », « rédiger », « appliquer », « réaliser » ou « conduire » le passent mieux.
| Formulation faible | Ce qui manque | Formulation évaluable |
|---|---|---|
| « Découvrir la conduite d’entretien » | Verbe non observable | « Conduire, en jeu de rôle de 20 minutes, un entretien annuel en suivant les cinq étapes de la trame et en fixant deux objectifs datés » |
| « Connaître le RGPD » | Ni situation ni critère | « Repérer, sur trois cas du poste, les données personnelles concernées et choisir la mesure à appliquer » |
| « Comprendre l’anglais professionnel » | Ni contexte ni seuil | « Identifier le besoin d’un client lors d’un appel simulé et reformuler sa demande avec le vocabulaire du métier » |
| En CFA : « Maîtriser le référentiel » | Pas de compétence professionnelle | « Réaliser en autonomie, en deux heures, un plat de la carte avec fiche technique complète, selon le référentiel visé » |
Le document de travail ajoute des règles par public. Pour une formation certifiante, les objectifs sont conformes à ceux de la certification inscrite au RNCP ou au RS (indicateurs 3, 7 et 16). En apprentissage et en alternance, ils s’expriment en compétences ou capacités professionnelles, ou en certifications visées. En bilan de compétences, des outils codéfinissent les objectifs en phase préliminaire, avec un document de synthèse. En VAE, l’accompagnement est contractualisé et énonce les engagements du bénéficiaire et de l’accompagnateur. En sous-traitance, vous tenez compte des objectifs du donneur d’ordres.
Indicateur 6 : des contenus et des modalités adaptés
L’indicateur 6 traduit les objectifs en séquences : quel contenu, quelle méthode, quelle durée, en présentiel, à distance ou en mixte. Le guide cite les déroulés, les grilles d’évaluation, les modalités à distance (synchrone ou asynchrone) et le calendrier. Un tableau objectif, contenu, méthode, durée, évaluation rend la cohérence visible. Deux adaptations sont attendues : au public (niveaux, variantes, accessibilité ou adaptation des modalités pour les personnes en situation de handicap) et à la modalité (pour la distance, le suivi effectif des modules relève de l’indicateur 19, modifié par la V10). Pour une formation certifiante, le contenu reste cohérent avec le référentiel de la certification.
Une chaîne à garder cohérente, de l’indicateur 1 à l’indicateur 11
L’auditeur vérifie un enchaînement : le besoin (4) justifie les objectifs (5), qui commandent le programme (6), celui que vous avez publié (1), positionné (8), déroulé (9 et 10), puis évalué sur les mêmes objectifs (11). La V10 resserre le premier maillon : l’information publiée comprend désormais le type de reconnaissance délivrée, et la communication ne doit contenir aucune mention de nature à induire en erreur, notamment sur les modalités pédagogiques et le financement. Objectifs et modalités doivent dire la même chose sur le site, la convention et le programme ; voir l’indicateur 1. Et ce que vous évaluez doit être ce que vous avez annoncé : c’est l’objet de l’indicateur 11.
Télécharger le modèle : Fiche d’analyse du besoin, objectifs opérationnels et programme (Word), prêt à remplir, avec un exemple rempli.
La fiche d’analyse du besoin, des objectifs et du programme
Le modèle est une fiche Word à remplir une fois par prestation, avant d’envoyer la proposition. Quatre blocs : l’analyse du besoin (demandeur, public, niveau, contraintes, besoins de compensation) ; les objectifs, un par ligne, avec verbe d’action, critère de réussite et épreuve ; le programme (séquences, durées, méthodes, adaptations) ; un contrôle de cohérence avec l’information publiée. Un exemple rempli est inclus. Datez-la, faites-la valider et rangez-la dans le dossier de session. Un consultant pour préparer l’audit peut aussi relire vos dossiers d’échantillon avant le jour J.
Ce que l’auditeur attend
| Indicateur | Preuves possibles | Question possible (repère de terrain) |
|---|---|---|
| 4 | Fiche d’analyse, compte rendu d’entretien, questionnaire pré-formation et synthèse, échanges avec le financeur | « Comment avez-vous identifié le besoin pour cette session ? » |
| 5 | Programme avec objectifs, grille objectifs/épreuves, référentiel de la certification, contrat d’accompagnement | « Comment chaque objectif est-il vérifié ? » |
| 6 | Déroulé, scénarios, supports, variantes selon les publics, calendrier, modalités à distance | « Qu’avez-vous adapté pour ce groupe ? » |
Ces exemples ne sont pas exhaustifs : la conformité repose sur l’appréciation de l’auditeur quant à la mise en œuvre, et une même pièce peut servir plusieurs indicateurs. La démonstration vous revient, sur les actions échantillonnées.
Exemple illustratif : une formation à l’entretien annuel
Un organisme de formation de six salariés (SARL), spécialisé en management, doit former huit responsables d’équipe d’une entreprise de logistique de 45 salariés à l’entretien annuel.
- Besoin (4). Entretien de 45 minutes avec la responsable des ressources humaines, puis questionnaire aux huit managers (six réponses). Constat : l’entretien est vécu comme une formalité, les objectifs fixés ne sont pas mesurables. La synthèse est jointe à la proposition.
- Objectifs (5). Conduire un entretien en jeu de rôle avec la trame de l’entreprise ; rédiger deux objectifs datés et mesurables ; reformuler un désaccord sans l’aggraver. Chaque objectif a son épreuve.
- Programme (6). Deux jours, 14 heures, quatre séquences de 3 h, 4 h, 4 h et 3 h alternant apports courts et jeux de rôle ; une variante donne plus de mises en situation aux deux managers récemment promus.
- Cohérence. Les trois objectifs figurent à l’identique dans le catalogue, la convention et le programme remis.
L’auditeur qui échantillonne cette session remonte la chaîne en quelques minutes, du compte rendu d’entretien aux grilles d’observation remplies.
Passerelle avec l’ISO 9001
L’analyse du besoin ressemble à la revue des exigences du client (paragraphe 8.2, voir la revue de contrat). Objectifs et programme jouent le rôle d’éléments d’entrée et de sortie de la conception (paragraphe 8.3, voir la conception et le développement), et l’évaluation finale celui de la validation.
Les erreurs fréquentes
- Un questionnaire générique jamais exploité, ou l’analyse du seul besoin de l’entreprise, ou une analyse non tracée.
- Des objectifs confondus avec des contenus : « Excel : formules, graphiques » décrit un menu, pas un résultat.
- Des verbes qui ne s’observent pas, ou des objectifs différents sur le site, la convention et le programme.
- Un programme identique pour tous les publics, sans variante tracée.
- Le besoin de compensation du handicap oublié ou posé trop tard.
À retenir
Besoin, objectifs, programme : une chaîne que l’auditeur remonte sur un dossier réel. Un objectif évaluable se termine par une épreuve. Le moindre manquement est une non-conformité majeure, y compris pour un nouvel entrant. Avec la V10, la cohérence avec l’information publiée à l’indicateur 1 devient un point de contrôle à part entière.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un objectif opérationnel et évaluable pour Qualiopi ?
C’est une capacité observable à la fin de la prestation, reliée à une situation de travail et à une épreuve qui permet de constater qu’elle est atteinte. « Rédiger tel livrable selon tel critère » est évaluable ; « connaître le sujet » ne l’est pas.
Faut-il analyser le besoin de chaque stagiaire en inter-entreprises ?
Le guide parle du besoin d’un bénéficiaire ou d’un groupe. Pour un catalogue, définissez le besoin du public cible, puis recueillez poste, attentes et niveau à l’inscription et conservez-les.
Quelle différence entre analyse du besoin (indicateur 4) et positionnement (indicateur 8) ?
L’analyse cadre la demande avec le bénéficiaire, l’entreprise ou le financeur, pour concevoir ou adapter la prestation. Le positionnement situe ensuite chaque bénéficiaire par rapport aux objectifs, pour adapter son parcours.
Que faire si le besoin est analysé par un donneur d’ordres ?
Vous démontrez que vous en tenez compte dans la conception et le déroulement, par exemple en annexant son cahier des charges à votre programme. En sous-traitance, vous tenez compte des objectifs qu’il a fixés.
Les indicateurs 4, 5 et 6 changent-ils avec la V10 ?
Pas dans leur formulation. Le changement est indirect : la règle de l’indicateur 1 contre les mentions de nature à induire en erreur vise désormais expressément les modalités pédagogiques, et vos modalités doivent y correspondre. À confirmer dans le guide final.
Sources
- Ministère du Travail, DGEFP, Guide de lecture du référentiel national qualité, document de travail V.10 (version non finale, « XXX 2026 ») : indicateurs 4, 5 et 6, pondération, nouveaux entrants, sous-traitance.
- Décret n° 2026-728 du 1er août 2026 (référentiel national qualité mentionné à l’article L. 6316-3 du code du travail), entrée en vigueur au 1er novembre 2026.
- Les exemples d’objectifs, le test en trois questions, les questions d’auditeur et l’exemple de formation sont des repères de terrain de K-li-T, non issus du référentiel.
Pour poursuivre : les critères et indicateurs Qualiopi, l’indicateur 1 sur l’information du public, les indicateurs 8, 9 et 10, l’indicateur 11, la revue de contrat ISO 9001 et la conception et le développement ISO 9001.
Un accompagnement pour votre certification Qualiopi
K-li-T accompagne les organismes de formation, de la formalisation de la conception à la préparation de l’audit. L’audit blanc Qualiopi est une simulation d’audit conduite par un consultant : elle aboutit à un rapport d’écarts par indicateur et à un plan d’actions priorisé. Consultez notre accompagnement Qualiopi ou demandez un devis.
